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La plus sage des femmes

« Marchez comme des enfants de lumière »
(Épître aux Éphésiens, V, 8)

Parents, maîtres et éducateurs, nous avons pour mission de mener les âmes des enfants vers la Lumière qui sera le chemin de leur vie et leur bonheur. Chaque semaine, nous vous proposons de découvrir quelques paroles de guides et de témoins pour éclairer notre propre route à l'aune de cette parole de saint Thomas d'Aquin : “Ne regarde pas à celui qui parle, mais tout ce que tu entends de bon, confie-le à ta mémoire.” (Seize conseils pour acquérir le trésor de la science). Bonne lecture !

Mais Pénélope, à son étage, se couchait sans boire ni manger. Ne sentant plus la faim, la plus sage des femmes ne songeait qu’à son fils : Fuirait-il le trépas, ce fils irréprochable ? Tomberait-il sous ces bandits de prétendants ? Quand un gros de chasseurs accule le lion au cercle de la mort, la bête n’a pas plus d’angoisses et de craintes que n’en avait la reine, quand sur ses yeux tomba le plus doux des sommeils. Les membres détendus, la tête renversée, Pénélope dormait. La déesse aux yeux pers eut alors son dessein : elle fit un fantôme et lui donna les traits d’Iphthimé, l’autre fille du magnanime Icare, la femme d’Eumélos qui résidait à Phères. Athéna l’envoya chez le divin Ulysse, pour calmer les soupirs, les sanglots et les pleurs de cette triste et gémissante Pénélope. Dans la chambre, il entra par la courroie de barre et, debout au chevet de la reine, lui dit : – Pénélope, tu dors, mais le cœur ravagé. Sache bien que les dieux, dont la vie n’est que joie, ne veulent plus entendre tes pleurs et tes sanglots : ton fils doit revenir, car jamais envers eux, il n’a commis de faute.

Homère (fin du VIIIe siècle av. J.-C.)
Aède, simplement surnommé « le Poète » par les Anciens

« Au plus doux du sommeil, à la porte des songes, la plus sage des femmes, Pénélope, reprit : Pourquoi viens-tu, ma sœur ? tu n’as pas l’habitude de fréquenter ici : ta demeure est si loin !… Tu me dis d’oublier les maux et les alarmes qui viennent harceler mon esprit et mon cœur ! J’ai commencé par perdre un époux de vaillance, que son cœur de lion et ses mille vertus avaient fait sans rival parmi les Danaens ! Et maintenant voici qu’au creux de son vaisseau, le fils de mon amour s’en va, pauvre petit !… Que sait-il des dangers ?… Que sait-il des affaires ? Pour lui, plus que pour l’autre encore, je me désole. Je tremble pour ses jours, je redoute un malheur, que ce soit au pays où il voulut se rendre, ou que ce soit en mer ! Il a tant d’ennemis qui conspirent sa perte et veulent le tuer avant qu’il ait revu le pays de ses pères ! Mais le fantôme obscur prit la parole et dit : Du courage ! Ton cœur doit bannir toute crainte. Il a, pour le conduire, un guide que voudraient à leurs côtés bien d’autres, car ce guide est puissant : c’est Pallas Athéna. Elle a pris en pitié ton angoisse ; c’est elle qui m’envoie t’avertir. La plus sage des femmes, Pénélope, reprit : Si ton être est divin, et divin, ton message, allons ! De l’autre aussi conte-moi les misères !… Vit-il encore ? Voit-il la clarté du soleil ?… Est-il mort et déjà aux maisons de l’Hadès ? Mais le fantôme obscur, reprenant la parole : De lui, je ne saurais te parler clairement. Est-il mort ou vivant : pourquoi parler à vide ? Il dit et, se glissant tout le long de la barre, il traversa la porte, disparut dans les airs, et la fille d’Icare, arrachée au sommeil, sentit son cœur renaître, si clair était le songe qu’elle avait vu surgir au profond de la nuit !… »

Homère (fin du VIIIe siècle av. J.-C.)
Aède, simplement surnommé « le Poète » par les Anciens


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